Coups de foudre à Galargues

Tout commence par une histoire d’auto-stoppeuse.
Que fait cette femme armée de deux canes un dimanche à 8h50, sur une route quasi-déserte ?
– Vous êtes la navette ?
– Euh, non, non ! (Ça faisait longtemps qu’on ne m’avait pas traité de biscuit…)
– Je vais à St Guilhem le désert
– Je ne vais pas jusque là mais je peux vous avancer
Karine marche. C’est aujourd’hui sa dernière étape entre copines anciennement expatriées. Ses genoux n’ont pas supporté les 33 km de l’avant-veille, ils crient à l’aide et au repos par pitié. Karine a habité 20 ans en Asie où elle a monté un club de rando et vit aujourd’hui à Annecy où elle préside une MJC.
Je ne sais pas encore ce qui m’attend à Galargues mais c’est le premier récit de voyage de la journée qui m’est offert sur un plateau. Entre l’Inde et le Larzac.
Alors qu’elle descend et longe les gorges de l’Hérault, je traverse le pont et file à 110 chevaux vers Puechabon.
Des carnets de croquis comme autant de voyages.
Lavilliers à Lunel, un homme à une table de café, trois jeunes restés sur un banc alors que le train part. Colette semble toujours avoir son carnet de dessin sur elle. Et ses nombreux carnets nous sont donnés ouverts, face vers le ciel : dessins d’instants et d’instinct. Dans celui de « Voix vives », les paroles de poèmes sont utilisés comme décors : sens à trouver, beauté cachée en arrière-plan.
Après mes 4 premiers morceaux entre des nus au fusain et la très-bien-vue Miss France de Chantal, Christine m’invite « chez nous », c’est à dire chez elle et « Spi » -son compagnon croisé à vélo 20mn avant-. Pas de musique prévue chez eux, alors direction le premier « hors piste » !
Spi a fait partie du mythique groupe OTH, joue avec les Naufragés et m’honorera de quelques chorus d’harmonica sous sa véranda et sur un morceau à moi. Et « Aux Anges » je suis.
Nous taillons la bavette avec Chris, un très jeune grand-père qui cite Brassens dans le texte. Il saisit ma guitare et me fait voyager -en 8 mesures et avec Springsteen- jusqu’aux (4) pistes du Nebraska.
Et puis c’est l’heure du repas.
Alors que Spi installe la table dans son jardin, je pars rejoindre Lore au centre du village.
Elle revient de Barcelone où elle a convoyé des tableaux. Et le temps d’un repas, nous passons de l’avenue Monclar d’Avignon au givre de Forbach, de la glace de Megève à des déambulations sur chars en Espagne. Le doux labeur d’intermittent : sur tous les tons et par tous les temps.
Et partout l’étang sur ces photos en noir en blanc.
(A moins que ce ne soit des salins…)
Et encore un carnet. Celui-ci sent l’Amérique et la musique.
– Séjour à la Nouvelle Orléans, m’annonce Christiane
Un magnifique carnet -format paysage- où les esprits du bayou rencontrent les âmes d’immenses trompettistes. « Some things never change » montre l’une d’entre elles. Je souris et approuve : ben oui, la vie ébène !
Sous une magnifique vigne vierge et près d’un olivier, des photos de Grèce. Les images d’Alain en noir et blanc -vivantes et profondes- répondent à huit photos couleur de Brigitte. J’imagine un mariage au bord de la Mer Egée et me perds dans une forêt de lianes déguisées en filets de pêche. Doux vertige en terrain familier.
Dimanche pépère, « Fishing day ».
Et pourquoi la mer et les bateaux me rattrapent-ils toujours ?
Le mari de Brigitte me parle d’un cata de 10 m, d’un vendeur de cartes marines à Sète, des hauts fonds Mauritaniens et de voyages au long cours.
Ou quand le sable et le vent font faire des erreurs de calcul à tous les états majors.
Premier morceau en ré majeur pour mon dernier petit set. Encore sous les feuilles d’un arbre et entre les œuvres de Florence et les tissages de Françoise.
Histoire de mots doux.
Histoires de fil où l’on se perd encore.
Laine du Pérou, mouton ou alpaga ?
Voyages et vies qui se déroulent là, entre racines et fil de soi.
….
Quelques images qui bougent sur le FB de Gal’arts

